Naviguer sur la Garonne et la Gironde : le guide du plaisancier

Voilier naviguant sur la Garonne près du Pont de Pierre à Bordeaux

La Garonne et l’estuaire de la Gironde attirent chaque année des centaines de plaisanciers, du simple kayakiste du dimanche au propriétaire de voilier qui remonte depuis Royan pour amarrer à Bordeaux. Le problème, c’est que la réglementation de ces eaux est éparpillée entre une dizaine de sources officielles, souvent rédigées dans un langage administratif opaque.

Entre la limite maritime du Pont de Pierre, les courants de 5 nœuds à Pauillac en vives-eaux et les arrêtés interpréfectoraux qui se superposent, il y a de quoi se perdre avant même d’avoir largué les amarres. Ce guide rassemble tout ce qu’un plaisancier doit savoir pour naviguer en règle sur ces eaux girondines – permis, balisage, ports, marées et équipements obligatoires.

Garonne, Dordogne, estuaire : la géographie des voies navigables

Avant de parler réglementation, il faut comprendre comment s’organise le réseau fluvial girondin. Trois cours d’eau structurent le territoire.

La Garonne est navigable sur environ 60 kilomètres de Castets-en-Dorthe (là où commence le canal latéral à la Garonne) jusqu’au Bec d’Ambès.

La Garonne est navigable sur environ 60 kilomètrès en Gironde, de Castets-en-Dorthe (là où commence le canal latéral à la Garonne) jusqu’au Bec d’Ambès, point de confluence avec la Dordogne. C’est un fleuve de plaine, large mais aux berges parfois basses. En amont de Bordeaux, la navigation reste exclusivement fluviale. En aval du Pont de Pierre, on bascule en zone maritime.

La Dordogne rejoint la Garonne au Bec d’Ambès. La limite maritime se situe au pont de pierre de Libourne. Même logique : en amont du pont, c’est du fluvial ; en aval, du maritime.

L’estuaire de la Gironde naît de cette confluence. C’est le plus grand estuaire d’Europe occidentale – 75 kilomètrès de long, jusqu’à 12 kilomètrès de large au niveau de Talmont. Là, la navigation est dite mixte : les règles maritimes et fluviales coexistent, avec une prédominance du droit maritime pour les navires de commerce.

Voie d’eauLimite maritimeLimite navigableLargeur typique
GaronnePont de Pierre (Bordeaux)Castets-en-Dorthe200 à 500 m
DordognePont de pierre (Libourne)Castillon-la-Bataille100 à 300 m
EstuairePointe de GraveBec d’Ambès2 à 12 km

Cette distinction géographique conditionne tout le reste : le permis requis, les textes applicables, le balisage utilisé.

Avant de partir naviguer, pensez à vérifier votre assurance plaisance, surtout si vous comptez traverser différentes zones réglementaires.

Quel permis faut-il pour la navigation de plaisance sur la Garonne ?

La règle de base est simple. Tout bateau de plaisance équipé d’un moteur de plus de 4,5 kW (soit 6 CV) nécessite un permis. En dessous de cette puissance – ou sans moteur du tout – pas de permis exigé.

Après, tout dépend d’où vous naviguez.

En amont du Pont de Pierre de Bordeaux (et du pont de pierre de Libourne pour la Dordogne), vous êtes en eaux intérieures. Le permis fluvial suffit. Il autorise la conduite sur les rivières, canaux et lacs. La formation se passe en quelques jours dans une école agréée, avec un examen théorique (QCM) et une épreuve pratique.

En aval du Pont de Pierre, vous entrez en zone maritime. Il faut alors le permis côtier, voire le permis hauturier si vous comptez dépasser les 6 milles d’un abri. L’estuaire de la Gironde en lui-même se navigue avec un permis côtier, mais pour sortir vers l’océan depuis Le Verdon ou Royan, le hauturier devient vite pertinent.

Un cas particulier : si vous détenez le permis côtier et que vous souhaitez remonter la Garonne au-delà du Pont de Pierre, il faudra passer une extension fluviale. Et inversement, le permis fluvial ne vous autorise pas à descendre en aval du Pont de Pierre sans extension côtière.

  • Kayak, paddle, aviron sans moteur : aucun permis requis
  • Bateau moteur < 6 CV : aucun permis requis
  • Garonne amont + canaux : permis fluvial
  • Estuaire + Garonne aval : permis côtier
  • Au-delà de 6 milles d’un abri : permis hauturier

Les écoles de conduite nautique sont nombreuses à Bordeaux et Arcachon. Comptez entre 250 et 400 euros pour un permis côtier, et environ 200 euros pour le fluvial.

Les textes réglementaires qui encadrent la navigation en Gironde

Les textes réglementaires qui encadrent la navigation en Gironde

La navigation sur la Garonne et la Gironde est régie par un empilement de textes. Pas besoin de tous les connaître par cœur, mais il est utile de savoir lesquels s’appliquent selon votre zone.

Le RGPN (Règlement Général de Police de la Navigation intérieure), en vigueur depuis le 1er septembre 2014, fixe les règles communes à toutes les voies navigables françaises. Vitesse, priorités, signalisation, stationnement… c’est le socle. Il s’applique sur la Garonne en amont de la limite maritime et sur les canaux.

Pour les rivières girondines (Garonne, Dordogne, Isle), un arrêté interpréfectoral du 25 avril 2017 établit un Règlement Particulier de Police (RPP). Il précise les zones de navigation, les vitesses maximales autorisées par secteur, et les restrictions saisonnières. VNF (Voies Navigables de France) gère ce domaine.

Côté maritime, l’arrêté interpréfectoral du 7 décembre 2015 régit la navigation dans les eaux de l’estuaire, entre le Bec d’Ambès et la pointe de Grave. La DDTM (Direction Départementale des Territoires et de la Mer) de Gironde est l’autorité compétente. Le Grand Port Maritime de Bordeaux (GPMB) administre le chenal de navigation principal.

Chaque année, la DDTM publie un Guide de la Plaisance téléchargeable sur le site de la préfecture de Gironde. Ce document d’une trentaine de pages est un condensé pratique de tout ce qu’il faut savoir. Je le recommande à tout plaisancier qui fréquente ces eaux régulièrement.

Balisage et chenal de la Gironde : comment lire les bouées

Le balisage de l’estuaire suit le système AISM (Association Internationale de Signalisation Maritime), région A. C’est le même qu’en Manche ou en Méditerranée, mais avec quelques particularités liées à la géographie locale.

Le chenal principal est balisé par des bouées numérotées. Les bouées rouges (cylindriques) marquent le côté bâbord en entrant dans l’estuaire, les vertes (coniques) le côté tribord. La numérotation augmente en remontant vers Bordeaux.

Quelques points à garder en tête :

  • Les bancs de sable se déplacent avec les saisons. Les bouées sont régulièrement repositionnées par le GPMB, et les profondeurs indiquées sur les cartes marines ne sont pas toujours exactes. Il est sage de naviguer à marée montante quand on ne connaît pas un secteur.
  • Le chenal est partagé avec les navires de commerce et les pétroliers qui remontent vers Pauillac ou Bordeaux. Ces mastodontes sont peu manœuvrants et prioritaires. Restez hors du chenal quand un cargo approche.
  • Deux dragues travaillent en permanence sur l’estuaire (la Pierre Malet et la Maqueline). Elles peuvent quitter brusquement le chenal pour vidanger leurs soutes. Gardez vos distances.
  • Les passes d’entrée depuis l’océan (Grande Passe de l’Ouest et Passe de Grave) sont délicates par mauvais temps. Les bancs du Matelier et de la Coubre lèvent des déferlantes sérieuses quand le jusant s’oppose à la houle de sud-ouest.

En amont du Bec d’Ambès, sur la Garonne fluviale, le balisage change. On passe au système fluvial CEVNI avec des balises de rive et des panneaux. Les plaisanciers habitués au balisage maritime doivent s’adapter.

Courants et marées : ce qui dicte le rythme de chaque sortie

C’est le point que beaucoup de plaisanciers débutants sous-estiment. L’estuaire de la Gironde subit des marées semi-diurnes d’amplitude forte. En vives-eaux (pleine ou nouvelle lune), le marnage atteint 5,5 à 6 mètrès. Les courants qui en découlent sont puissants.

À Pauillac, en vives-eaux de fort coefficient, les courants de marée peuvent atteindre 5 nœuds (plus de 9 km/h). Pour un voilier de croisière qui avance à 5-6 nœuds, naviguer contre le courant revient à faire du sur-place – ou à reculer.

La marée met environ 2 heures 30 minutes pour remonter de Royan à Bordeaux. Le décalage est d’environ 1 heure 30 à Pauillac. L’eau monte plus vite qu’elle ne descend : 3 à 7 heures de flot selon les endroits, contre 5 à 10 heures de jusant.

Stratégie de navigation classique :

Pour remonter de l’embouchure vers Bordeaux, le mieux est de quitter Le Verdon juste après la basse mer et de suivre le flot. Si votre bateau est lent, faites escale à Pauillac et repartez au flot suivant. Pour descendre vers l’océan, quittez Bordeaux juste après la pleine mer et surfez le jusant.

CoefficientCourant max à PauillacMarnage estiméDifficulté
45-60 (mortes-eaux)2-3 nœuds3-4 mModérée
70-90 (moyennes eaux)3-4 nœuds4-5 mSoutenue
95-120 (vives-eaux)4-5 nœuds5-6 mForte

Un dernier point : le mascaret remonte la Garonne lors des forts coefficients. Ce phénomène de vague peut surprendre les embarcations stationnées ou ancrées en amont de Bordeaux. Les habitués du fleuve connaissent bien ce rendez-vous naturel, mais un plaisancier de passage peut se faire prendre.

Ports et amarrages : où s’arrêter de Bordeaux à l’embouchure

L’estuaire de la Gironde n’est pas le Golfe du Morbihan – les ports de plaisance y sont moins nombreux. Mais les escales existent, et certaines valent le détour.

Bordeaux – Les Bassins à flot

Le port de plaisance de Bordeaux se situe dans le bassin à flot n°2, rive gauche de la Garonne. Neuf pontons, 268 places au total (dont 80 réservées aux résidents permanents). La capitainerie gère les places visiteurs, accessibles à marée haute via l’écluse. Eau, électricité, sanitaires, station carburant sur place. Le centre-ville est à quelques minutes à pied. C’est la base logistique principale pour les plaisanciers de la Garonne.

Pauillac

À 50 kilomètrès en aval de Bordeaux, Pauillac offre un ponton visiteur le long du quai. L’escale est pratique pour couper un trajet long ou attendre le renversement de marée. Le village est au cœur du vignoble du Médoc – châteaux Latour, Mouton Rothschild et Lafite Rothschild sont à quelques kilomètrès.

Blaye

Sur la rive droite, la citadelle de Blaye (classée UNESCO avec le verrou Vauban) domine l’estuaire. Le port de Blaye dispose d’un ponton d’accueil avec amarrage contre le courant. Maximum 135 mètrès de longueur, escales de 24 heures. La visite de la citadelle depuis le port se fait à pied en dix minutes.

Bourg-sur-Gironde

Petit port de caractère à l’entrée d’un estey (bras secondaire). Quelques places d’amarrage, une ambiance calme, loin du trafic commercial. Bourg est connu pour ses carrières souterraines et son marché dominical.

Le Verdon-sur-Mer / Port Médoc

À l’embouchure de l’estuaire, Port Médoc est le dernier port avant l’océan. C’est un port à sec et à flot moderne, avec 800 places. Idéal comme point de départ ou d’arrivée pour les navigations hauturières. La Pointe de Grave et le bac vers Royan sont à proximité.

D’autres haltes nautiques existent entre ces escales principales (Terres d’Oiseaux à Braud-et-Saint-Louis, Lamarque, Macau…), mais avec des équipements plus sommaires – souvent un simple ponton et pas de capitainerie dédiée.

Équipements de sécurité obligatoires pour le plaisancier

La liste des équipements dépend de votre zone de navigation. Trois catégories existent : basique (eaux intérieures), côtière (jusqu’à 6 milles d’un abri) et hauturière (au-delà).

Pour une navigation fluviale sur la Garonne en amont de Bordeaux :

  • Un gilet de sauvetage par personne à bord (100 N minimum)
  • Un moyen de repêchage (bouée, gaffe)
  • Un extincteur si le bateau à un moteur fixe
  • Le titre de navigation du bateau
  • Le permis du conducteur (si moteur > 4,5 kW)

Pour une navigation dans l’estuaire (zone côtière) :

  • Gilets de sauvetage 150 N par personne
  • 3 feux rouges à main de détresse
  • Un miroir de signalisation
  • Un compas magnétique
  • Les cartes marines du secteur (ou GPS cartographique)
  • Une VHF fixe ou portable (fortement recommandée, pas obligatoire sur tous les navires)
  • Un dispositif lumineux (lampe étanche)
  • Le matériel d’armement et de sécurité réglementaire (ancre, bout de remorquage, seau…)

La VHF mérite une mention particulière. Sur l’estuaire de la Gironde, le canal 12 est celui du Service du Trafic Maritime (STM) du GPMB. C’est par ce canal que vous obtiendrez les informations sur le trafic commercial, les zones de dragage et les éventuelles restrictions temporaires. Le canal 16 reste le canal de détresse international. Les sémaphores de La Coubre et de Grave surveillent l’entrée de l’estuaire.

Préparer une sortie sur la Garonne ou la Gironde

La navigation sur l’estuaire de la Gironde n’est pas une balade sur un lac. Quelques réflexes à prendre avant chaque départ.

Consulter la météo et les coefficients de marée. Les horaires de marée sont disponibles sur les sites spécialisés (maree.info, marée.direct) avec les décalages par secteur. Un coup d’œil au bulletin météo marine Gascogne-Gironde vous évitera de vous retrouver face à un vent de nord-ouest de 30 nœuds dans les passes.

Planifier l’horaire de départ en fonction du courant. Sur la Garonne et la Gironde, naviguer avec le courant fait gagner du temps et du carburant. Naviguer contre, c’est parfois dangereux avec un petit bateau quand le coefficient dépasse 90.

Prévenir quelqu’un de votre itinéraire. La VHF canal 16, c’est bien. Mais un SMS à un proche avec votre heure de départ, votre destination et votre heure estimée d’arrivée, c’est un filet de sécurité supplémentaire qui ne coûte rien.

Vérifier le tirant d’eau. L’estuaire cache des hauts-fonds qui changent d’une saison à l’autre. Les cartes marines sont mises à jour périodiquement, mais entre deux éditions, un banc de sable peut s’être déplacé de plusieurs centaines de mètrès. En cas de doute, attendez la mi-marée montante.

Respecter les zones réglementées. Certains secteurs sont interdits ou restreints temporairement (zones de dragage, zones militaires, réserves naturelles comme les marais de l’estuaire). Les avis aux navigateurs publiés par le GPMB signalent ces restrictions.

Faut-il un permis pour naviguer en kayak ou en paddle sur la Garonne ?

Non. Les embarcations sans moteur (kayak, paddle, aviron, canoë) ne nécessitent aucun permis sur la Garonne ni sur l’estuaire. En revanche, le port du gilet de sauvetage est obligatoire, et la navigation sur certains tronçons peut être restreinte par arrêté municipal. Sur l’estuaire, la prudence s’impose : les courants de marée rendent la navigation en kayak très risquée au-delà de Bourg-sur-Gironde, surtout en vives-eaux.

La navigation de plaisance est-elle autorisée la nuit sur la Gironde ?

Oui, la navigation nocturne est autorisée sur l’estuaire pour les bateaux équipés des feux réglementaires (feux de route, feu de poupe). Mais dans les faits, naviguer de nuit sur la Gironde reste une affaire de marins expérimentés. Les bancs de sable non balisés, le trafic de cargo et les courants puissants rendent l’exercice technique. Sans VHF pour signaler sa position au STM, mieux vaut rester au port.

Où consulter les horaires de marées pour l’estuaire de la Gironde ?

Plusieurs sources fiables : le site du SHOM (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine), les sites maree.info et maree.direct qui proposent des prédictions par port (Le Verdon, Pauillac, Bordeaux), et l’application mobile Marée.info. Le Guide de la Plaisance édité par la DDTM de Gironde contient aussi un tableau des décalages horaires entre les différents ports de l’estuaire. Pensez à vérifier le coefficient : entre un coefficient de 45 et un coefficient de 115, les conditions de navigation changent du tout au tout.

Peut-on ancrer librement dans l’estuaire de la Gironde ?

Le mouillage est possible en dehors du chenal de navigation balisé, à condition de ne pas gêner la circulation des navires de commerce et de ne pas se trouver dans une zone interdite (réserve naturelle, zone de dragage). Sur la Garonne en amont de Bordeaux, le mouillage est soumis à l’autorisation de VNF dans certains secteurs. Dans tous les cas, vérifiez la nature du fond (vase molle, galets) et le marnage : un bateau ancré à marée haute peut se retrouver échoué sur un banc de vase six heures plus tard.

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