Fêtes du Fleuve à Bordeaux : trente ans d’un rendez-vous entre quais, voiliers et concerts

Grand voilier amarré sur les quais de Bordeaux pendant les Fêtes du Fleuve au coucher du soleil

Tous les deux ans, les quais de Bordeaux changent de visage. Les grands voiliers viennent se ranger le long des appontements, les scènes poussent comme des champignons entre la place de la Bourse et le quai des Chartrons, et la ville se retrouve à pique-niquer face à la Garonne. C’est ça, les Fêtes du Fleuve. Une invention bordelaise née en 1999, qui a installé pour de bon l’idée qu’on pouvait se rassembler autour d’un fleuve, et pas seulement le regarder couler.

L’événement à une histoire, des éditions devenues mythiques, et un programme qui mêle voiliers d’exception, concerts gratuits, traversée à la nage et feu d’artifice sur la Garonne. Voici ce qu’il faut savoir pour comprendre comment Bordeaux a appris à fêter sa rivière.

D’où viennent les Fêtes du Fleuve ? Retour en 1999

La première édition se tient en mai 1999, à l’initiative de la mairie de Bordeaux. À l’époque, les quais ne ressemblent pas du tout à ce qu’on connaît aujourd’hui. Les hangars portuaires occupent encore une grande partie de la rive gauche, les voitures roulent à toute allure sur la rive, et le miroir d’eau n’existe pas. La ville cherche un événement qui réconcilie les Bordelais avec leur Garonne, longtemps perçue comme une frontière plus que comme une avenue.

L’organisation revient à la municipalité, avec l’office de tourisme dans la boucle pour la partie accueil et logistique. Le pari est simple : faire venir de grands voiliers, ouvrir gratuitement les berges, programmer de la musique sur des scènes en plein air. L’entrée est gratuite dès la première édition, et ça ne changera plus.

On entend parfois dire que les Fêtes du Fleuve remontent à 1991. C’est une confusion. La fête du fleuve telle qu’on la connaît, sur les deux rives, avec les grands voiliers en escale et les concerts, commence bien en 1999. Avant ça, la ville organisait d’autres rendez-vous portuaires plus modestes, mais sans le format actuel.

Une fête en alternance avec Bordeaux fête le vin

À partir des années 2000, le calendrier se fixe : les Fêtes du Fleuve une année, Bordeaux fête le vin l’année suivante. Une fois sur deux, donc. Les deux événements partagent la même implantation (les quais entre les pontons et le pont de Pierre) et la même équipe d’organisation. L’idée est de garder un rythme bisannuel pour ne pas saturer le public, et surtout pour offrir à chaque édition des moyens conséquents.

Le système tient une vingtaine d’années. Puis tout bascule en 2020. La pandémie de Covid décale l’édition de Bordeaux fête le vin d’un an, ce qui repousse les Fêtes du Fleuve 2021 à l’automne 2022. À partir de 2020, Bordeaux fête le vin se tient tous les ans, et la Fête du fleuve perd son créneau régulier. Le rendez-vous, dans sa version classique, n’est plus reconduit dans la programmation officielle de la ville.

Pour autant, les quais continuent d’accueillir des escales de voiliers, des animations fluviales et des concerts en juin. Certains les appellent encore « fêtes du fleuve » par habitude. Le nom est resté dans la tête des Bordelais.

Le programme type d'une édition : ce qu'on y trouvait

Le programme type d’une édition : ce qu’on y trouvait

Une édition classique des Fêtes du Fleuve s’étalait sur quatre à dix jours, souvent autour du week-end de la Pentecôte ou du début de l’été. Le programme reposait sur quelques piliers qui revenaient à chaque fois.

L’histoire du Port autonome de Bordeaux est indissociable de celle des Fêtes du Fleuve, qui ont redonné vie à ses berges.

Les grands voiliers en escale étaient la signature de la fête. Le Belem (le seul grand voilier français de la fin du XIXe sièclé encore en navigation), le Sedov, le Kruzenshtern ou le Cuauhtémoc venaient s’amarrer le long des quais. On pouvait monter à bord, visiter les ponts, discuter avec les équipages. Le public, sur les éditions les plus grosses, atteignait plusieurs centaines de milliers de visiteurs sur l’ensemble du week-end prolongé.

Les grands voiliers en escale étaient la signature de la fête. voiliers marchands bordelais du 19e siècle rappellent cette tradition maritime.

Les concerts gratuits se tenaient sur deux ou trois scènes installées entre la place des Quinconces et le hangar 14. Le ticket moyen tournait autour du grand public, avec des têtes d’affiche pop, rock ou musiques du monde. La programmation faisait la part belle aux artistes francophones, avec quelques pointures internationales pour les soirs de tête d’affiche.

Le feu d’artifice sur la Garonne clôturait souvent les Fêtes du Fleuve. Tiré depuis des barges au milieu du fleuve, il dessinait des reflets sur l’eau et se voyait des deux rives. Plusieurs éditions ont aussi proposé un spectacle pyrotechnique d’ouverture, le jeudi soir, pour lancer le week-end.

Le pique-nique géant sur les quais, des animations nautiques pour enfants, un village flottant avec des stands de produits du Sud-Ouest et la fameuse traversée de Bordeaux à la nage complétaient le programme. Tout se passait gratuitement, sauf quelques concerts payants en têtes d’affiche et les restaurants éphémères.

Pour approfondir l’histoire navale bordelaise, le Musée maritime de Bordeaux conserve de précieux témoignages de cette épopée fluviale.

Les éditions qui ont marqué les Bordelais

Certaines années sont restées dans les mémoires plus que d’autres. Quelques exemples concrets, glanés dans la chronique des éditions.

2011, septième édition : le Belem et Bilbao invitée d’honneur

Les 18 et 19 juin 2011, la fête accueille le Belem en escale, ainsi que l’Arawak et le Sinbad. Bilbao est invitée d’honneur, signe que la ville cherche à inscrire l’événement dans une logique atlantique, avec la façade ibérique. La cinquième traversée de Bordeaux à la nage a lieu cette année-là, et une compétition de traînières (des anciennes barques de pêche basques reconverties à l’aviron) anime le plan d’eau.

2013, huitième édition : départ de la Solitaire du Figaro

Du 24 mai au 3 juin 2013, Bordeaux accueille le départ de la première étape de la 44e Solitaire du Figaro, en direction de Porto. Le Cuauhtémoc, voilier-école de la marine mexicaine, fait escale, accompagné du patrouilleur Flamant. Côté concerts, l’édition propose Michel Fugain en tête d’affiche un soir, et un NRJ Music Tour pour le grand final, avec Amel Bent, Tal, Christophe Maé et Robin Thicke.

2015, neuvième édition : Belem et pont Chaban-Delmas

Du 28 au 31 mai 2015, le moment fort se joue le 29 mai à la tombée de la nuit. Le Belem franchit le pont Jacques Chaban-Delmas (le pont levant inauguré en 2013), entraînant dans son sillage les 40 skippers de la Solitaire du Figaro. Le public, massé sur les deux rives, voit le grand voilier glisser sous le tablier levé. Côté scène, Thomas Dutronc, Izia, Cali et Charlie Winston se succèdent.

2017, dixième édition : James Blunt et Texas

Du 26 mai au 4 juin 2017, la dixième édition profite d’une programmation musicale dense : James Blunt et Boulevard des Airs un soir, Texas et Ours le lendemain. Le départ de la Solitaire du Figaro a lieu le 3 juin, suivi d’un feu d’artifice. Le dimanche 4 juin, c’est la dixième traversée de Bordeaux à la nage qui ferme la fête.

2019, onzième édition : Sedov, Kruzenshtern, Zazie et Jain

Du 20 au 23 juin 2019, l’édition s’aligne sur la Fête de la musique. Les deux plus grands voiliers du monde, le Sedov et le Kruzenshtern (russes), font escale au pied de la place de la Bourse. Carmina Burana par l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine occupe la soirée du 21 juin. Jérémy Frérot, Zazie, Arcadian et Jain montent sur scène les samedi et dimanche. Le spectacle pyrotechnique du jeudi et du samedi soir rassemble une foule dense sur les deux quais.

C’est, à ce jour, la dernière édition vraiment « complète » du format historique. Celle de 2021, reportée à l’automne 2022, s’est tenue dans un format réduit.

Le ballet des grands voiliers : la vraie signature de la fête

Quand on demande à un Bordelais ce qui lui reste des Fêtes du Fleuve, il parle rarement des concerts. Il parle des voiliers. Les escales de bateaux d’exception ont fait la réputation de l’événement bien au-delà de la métropole.

Le Belem, trois-mâts barque construit à Nantes en 1896, est revenu plusieurs fois. Il appartient à la Fondation Belem et continue à former de jeunes équipiers entre Lorient, Bordeaux et la Méditerranée. Le voir glisser sous le pont Chaban-Delmas levé, en 2015, reste un souvenir marquant pour qui était sur les quais.

Le Sedov et le Kruzenshtern sont les deux plus grands quatre-mâts en service au monde, tous deux russes, héritiers de l’école des grands voiliers commerciaux du début du XXe sièclé. Leur passage en 2019 a attiré plus de monde que prévu, avec des files d’attente d’une heure pour monter à bord.

Le Cuauhtémoc, navire-école de la marine mexicaine, et l’Esmeralda (chilien) sont également venus, dans des éditions où Bordeaux jouait la carte de l’ouverture transatlantique. Ces visites rappelaient une époque où Bordeaux était l’un des grands ports de liaison avec l’Amérique du Sud.

Pour comprendre pourquoi la ville a tissé ce lien fort avec la marine à voile, il faut se pencher sur l’histoire des trois-mâts barques bordelais et de la marine marchande qui ont fait la fortune du port au XIXe sièclé. Les Fêtes du Fleuve ont, à leur manière, fait remonter à la surface une mémoire portuaire que beaucoup avaient oubliée.

La traversée de Bordeaux à la nage : le rendez-vous sportif

Lancée en 2007, la traversée de Bordeaux à la nage s’est progressivement imposée comme l’un des rendez-vous attendus des Fêtes du Fleuve. Le principe : nager sur 2 kilomètrès environ dans la Garonne, en suivant le courant, entre le pont Chaban-Delmas et le pont de Pierre.

L’épreuve se déroule le dimanche matin, à la marée descendante. Les nageurs partent par vagues, encadrés par des kayakistes et des Zodiacs de sécurité. L’eau, à cette période de l’année, tourne autour de 18 à 20 degrés. Plusieurs centaines de participants prennent le départ chaque année, du nageur amateur au compétiteur confirmé.

La traversée à un côté presque rituel. On y voit des familles entières s’inscrire ensemble, des clubs locaux faire le déplacement, et des touristes curieux qui viennent juste pour regarder. C’est aussi un excellent moyen, pour la ville, de montrer que la Garonne (longtemps considérée comme infréquentable à la baignade) reste un fleuve qu’on peut traverser.

Combien de visiteurs ? Quelle économie pour Bordeaux ?

Les éditions les plus fournies ont rassemblé entre 400 000 et 600 000 visiteurs sur l’ensemble du week-end prolongé, selon les chiffres communiqués par l’office de tourisme et la mairie. Une partie vient de la métropole bordelaise, mais l’événement attire aussi du tourisme régional (Pays basque, Charentes, Toulouse) et un peu d’international, surtout sur les éditions où des voiliers rares étaient annoncés.

Côté retombées, les hôteliers du centre affichaient souvent complet pendant les Fêtes du Fleuve. Les bars et restaurants des quais et de Saint-Pierre voyaient leur chiffre d’affaires bondir. Le tramway tournait à plein. La ville mobilisait des moyens importants en sécurité, propreté et logistique fluviale, sans compter les cachets des artistes.

L’événement a aussi servi de vitrine pour le tourisme maritime bordelais. Voir un grand voilier amarré devant la place de la Bourse a vendu plus de croisières que n’importe quelle brochure : les sociétés de balades fluviales ont vu leurs réservations grimper dans les semaines qui suivaient chaque édition.

L’organisation pratique d’une journée de fête

Pour qui n’a jamais mis les pieds aux Fêtes du Fleuve, voici à quoi ressemblait une journée type sur les quais.

Moment de la journéeAnimations principales
Matin (10h-12h)Ouverture des bateaux à la visite, ateliers nautiques pour enfants, marché de producteurs
Midi (12h-15h)Pique-nique sur les quais, restauration de rue, balades en bateau électrique
Après-midi (15h-19h)Concerts d’ouverture, démonstrations sportives, traversée à la nage le dimanche
Soirée (20h-23h)Tête d’affiche musicale, feu d’artifice sur la Garonne certains soirs

Le périmètre s’étendait des Quinconces jusqu’au pont de Pierre, avec un point dense entre la place de la Bourse et le hangar 14. Les voitures étaient interdites sur les quais bas, le tramway restait le moyen le plus simple d’arriver. Pour ceux qui résidaient dans les hôtels du quartier des Bassins à flot et du quai PAB (Paul Auguste Bourdieu), c’était quinze minutes de marche, ou un trajet rapide en tram ligne B.

Que reste-t-il aujourd’hui ? Quel avenir pour les Fêtes du Fleuve ?

Depuis 2020, la formule classique des Fêtes du Fleuve a disparu de la programmation officielle. Bordeaux fête le vin, devenue annuelle, occupe désormais le créneau de fin juin sur les quais. Quelques animations fluviales et escales de voiliers continuent de ponctuer les étés bordelais, mais sans la marque « Fêtes du Fleuve » et sans l’ampleur des éditions d’avant.

Faut-il en conclure que la fête est morte ? Pas vraiment. La municipalité a évoqué plusieurs fois l’idée d’un nouvel événement fluvial, recentré sur la transition écologique et les usages du fleuve (pêche durable, navigation décarbonée, biodiversité de l’estuaire). Rien n’est encore figé. Les Bordelais qui ont connu les grandes éditions de 2015 ou 2019 attendent un retour. Ceux qui sont arrivés dans la ville après 2020 n’ont, eux, connu que Bordeaux fête le vin.

Personnellement, je trouve qu’il manque quelque chose. Les Fêtes du Fleuve avaient un côté plus ouvert, moins centré sur une thématique unique. On y croisait des marins, des nageurs, des familles avec des poussettes et des passionnés d’histoire maritime. Difficile à recréer dans un format vin qui, par nature, vise un public déjà acquis. Mais la programmation municipale change, et rien n’interdit qu’une treizième édition refasse surface, sous un nouveau nom ou avec une nouvelle équipe.

Foire aux questions sur les Fêtes du Fleuve

Quand a eu lieu la première édition des Fêtes du Fleuve à Bordeaux ?

La première édition s’est tenue en 1999, à l’initiative de la mairie de Bordeaux et de l’office de tourisme. Elle se déroulait sur les quais entre la place des Quinconces et le pont de Pierre, avec déjà l’idée d’accueillir de grands voiliers et de programmer des concerts gratuits.

Les Fêtes du Fleuve ont-elles lieu tous les ans ?

Non. L’événement se tenait tous les deux ans, en alternance avec Bordeaux fête le vin. Depuis 2020, Bordeaux fête le vin est devenue annuelle, et les Fêtes du Fleuve ne figurent plus à la programmation officielle de la ville sous leur format historique.

Quels grands voiliers ont participé aux Fêtes du Fleuve ?

Plusieurs voiliers d’exception sont venus en escale : le Belem (français), le Sedov et le Kruzenshtern (russes, plus grands quatre-mâts du monde en service), le Cuauhtémoc (mexicain), l’Esmeralda (chilien) ou encore l’Arawak. Le Belem a marqué les esprits en franchissant le pont Chaban-Delmas levé en 2015.

Combien de visiteurs accueillent les Fêtes du Fleuve ?

Les éditions les plus fréquentées ont rassemblé entre 400 000 et 600 000 visiteurs sur quatre jours, selon les chiffres de l’office de tourisme. La fréquentation dépendait beaucoup de la programmation musicale et des voiliers annoncés. L’événement reste l’un des plus gros rendez-vous gratuits du calendrier bordelais.

L’entrée aux Fêtes du Fleuve est-elle gratuite ?

Oui, dès la première édition de 1999, l’accès aux quais, aux concerts et aux animations a été gratuit. Seuls quelques événements spéciaux (dîners de gala, croisières privées) étaient payants. Les visites de voiliers étaient libres, dans la limite des places disponibles.

Y a-t-il une prochaine édition des Fêtes du Fleuve prévue ?

Aucune date officielle n’est annoncée à ce jour. La dernière édition complète remonte à 2019, et celle de 2021 a été reportée à l’automne 2022 dans un format réduit. La mairie n’a pas relancé le rendez-vous sous son nom historique, mais des animations fluviales continuent de se tenir chaque été sur les quais.

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