Bordeaux Aquitaine Marine
La carrière navale de Henri d’Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux
1. Brève Biographie (Extrait de Wikipedia)
Fils cadet de François d'Escoubleau, marquis de Sourdis et d'Alluye, gouverneur
de Chartres et premier écuyer de la Grande Écurie, et d'Isabelle Babou de la
Bourdaisière, dame d'Alluye, tante de Gabrielle d'Estrées, Henri d'Escoubleau,
né en 1593, passa son enfance au château de Jouy-en-Josas.
Destiné à la carrière ecclésiastique, il hérita en 1623 de son oncle le titre
d'évêque de Maillezais. Il prit part à la guerre de Trente Ans puis en 1628
combattit en tant qu'intendant de l'artillerie au siège de La Rochelle. L'année
suivante, il prit la succession de son frère François à l'archevêché de Bordeaux.
Cette succession, convenue plusieurs années auparavant, fut confirmée par un
décret du Cardinal de Richelieu.
Lors de l'Affaire des démons de Loudun, il tente de calmer l'agitation publique
en faisant interner les malades et en mettant un terme aux exorcismes, mais il
est pris de vitesse par le Cardinal de Richelieu qui, ayant en vue le
démantèlement de places huguenotes dans la région, profite de ces
événements pour y dépêcher son agent plénipotentiaire, Jean Martin, Baron de
Laubardement.
De Sourdis est reçu commandeur du Saint-Esprit le 14 mai 1633, mais l'année
suivante, Jean Louis de Nogaret de La Valette, gouverneur de Guyenne, fait voler
son chapeau d'un coup de canne lors d'une procession. Interdit de duel, Henri de Sourdis exige en vain l'excommunication de son
offenseur, mais obtient son exil pour Plassac.
Il poursuit néanmoins ses activités militaires et prend part à la libération des îles de Lérins en mai 1637. Il parvient à évincer
Philippe de Longvilliers, chevalier de Poincy, du poste de vice-amiral de France. Nommé lieutenant général en considération de ses
qualités de navigateur, Henri d'Escoubleau commande la flotte du Ponant et s'illustre contre les Espagnols par les victoires de
Guétaria et de Laredo, mais subit le désastre de Fontarrabie (1638). Il tente d'en rejeter la faute sur l'un de ses officiers, Bernard
de La Valette, duc d'Épernon, qui avait désobéi à son ordre de lancer l'attaque par peur d'un échec.
De Sourdis obtient l'appui de Richelieu dans cette affaire, mais est remplacé par Jean Armand de Maillé-Brézé et affecté à la flotte
du Levant. Sur ce nouveau théâtre d'opérations, il appuie le comte d'Harcourt et l'armée d'Italie lors du siège de Casale (1640),
mais l'année suivante, échoue à tenir un blocus complet du port de Tarragone. À la suite de nouveaux revers militaires contre les
Espagnols, il est accusé de trahison et perd la faveur de Richelieu, malgré les protestations de ses officiers. Il est exilé en Provence,
puis finalement obtient l'autorisation de Louis XIII de regagner son diocèse de Bordeaux. Il sera cependant démis de ses fonctions
d'archevêque par le pape parce qu'il a porté les armes. Il meurt en 1645 à Auteuil.
2. Sa carrière navale (extrait de : Troude, O. - Batailles navales de la France – Challamel Ainé, Paris, 1867)
1635 – nommé chef des conseils du roi en l'armée navale.
La guerre fut donc déclarée. Le 14 septembre 1635, les Espagnols prirent l'initiative en s'emparant des îles Lérins, sur la côte de
Provence; ils les fortifièrent immédiatement. Louis XIII ordonna de mettre de suite en mer toutes les forces navales de la France. Il
nomma Henri de Lorraine, comte d'Harcourt et d'Armagnac, généralissime des armées de terre et de mer du Levant et lui donna
pour sous-ordre le marquis du Pont de Courlay, généralissime des galères. Henri d'Escoubleau de Sourdis, archevêque de
Bordeaux, fut nommé chef des conseils du roi en l'armée navale près le comte d'Harcourt, pour l’assister dans tous les conseils qui
se tiendront, et en toutes les affaires concernant le fait de ladite charge, et aussi avoir la direction de la subsistance déformée,
vivres, munitions de guerre, équipages, fortifications de places, règlement des dépenses, jugement des prises, avec pouvoir de
faire poudre et fondre artillerie et tout ce qui sera nécessaire. Le sieur Desgouttes, capitaine de pavillon de l'amiral, devait
commander en son absence. Voici les instructions que le roi donna :
“Instructions du Roi à l'archevêque de Bordeaux:
“Chantilly, le 20 avril 1636.
« Les trois escadres de Guyenne, de Bretagne et de Normandie étant jointes ensemble à la rade de Saint Martin de Ré, les 2000
hommes du régiment des îles avec les victuailles nécessaires à leur subsistance pendant huit mois, l'artillerie de terre avec son
train et officiers étant chargés à bord des 12 flûtes et autres vaisseaux que le roi a ordonné être affrétés pour les porter, et les 6
brûlots avec les feux d'artifice étant préparés, l'armée fera trois corps auxquels le sieur Desgouttes, commandant le vaisseau
amiral, commandera aussi en l'absence dudit général ou d'autres à qui Sa Majesté aurait donné pouvoir. Le sieur Manty en sera le
vice-amiral; le sieur de Poincy, le contre-amiral, jusqu'à ce que l'escadre du Levant ait joint l'armée. Après laquelle jonction le sieur
baron d'Allemagne, chef d'escadre du Levant, sera contre-amiral, comme plus ancien chef d'escadre. Le sieur de Poincy se rangera
près de l'amiral pour reprendre son poste, quand l'escadre du Levant se séparera. Le sieur Decaen fera la charge de sergent-major
général et de bataille de l'armée, conformément aux règlements faits par le cardinal de Richelieu, pair, grand-maître, chef et
surintendant général de la navigation et commerce de France. »
Après avoir pris une peine incroyable à contenter les capitaines des vaisseaux « qui avoient accoutumé à avoir l'argent du roi pour
se promener de port en port du royaume, et être retombé dans les crieries des gens de pied qui croyoient avoir leurs commodités
quand ils logeoient chez le paysan, » (1) l'archevêque de Bordeaux mit à la voile, le 23 juillet 1636, avec l'armée navale ci dessous:
(1) Correspondance de M. de Sourdis
L'année navale arriva à Toulon dans les premiers jours du mois d'août. Le 18, elle parut devant les îles Lérins, mais elle ne put
atteindre le mouillage parce que le vent était contraire. A quelques jours de là, elle laissa tomber l'ancre sur la rade de Gourjan où
M. de Beauveau, évêque de Nantes, la rallia avec 12 autres vaisseaux et une galère. Le 6 septembre, à défaut du vent qui lui
refusait son assistance, l'amiral se servit des bras des chiourmes pour remorquer 20 vaisseaux qui, sous les ordres du vice-amiral
Manty, devaient attaquer les galères espagnoles retirées dans le port de Morgues (Monaco). Peu confiantes dans le canon de la
place, celles-ci sortirent dès qu'elles aperçurent les vaisseaux français. Il n'y eut toutefois pas dégagement; un fort coup de vent
obligea les Français à se retirer à Villefranche d'où, plus tard, ils rallièrent le reste de l'armée à Menton.
Le 19, vers 6 heures du matin, 32 galères d'Espagne et de Florence furent aperçues se dirigeant vers ce port où elles croyaient
probablement surprendre les Français. Mais leur chef se trompait; ceux-ci étaient disposés à les recevoir, et 12 des grands
vaisseaux, pris à la remorque par les galères, se portèrent à leur rencontre. Les rôles changèrent alors: les galères espagnoles
prirent chasse sous les boulets des vaisseaux français qui les canonnèrent pendant deux heures, mais ne purent les empêcher
d'atteindre Saint-Rémi. Alors que, le lendemain, l'amiral français se disposait à les y attaquer, elles coupèrent leurs câbles et se
prirent à fuir dans le plus grand désordre, en abandonnant un grand nombre d'embarcations. L'armée française ne les poursuivit
pas et laissa tomber l'ancre.
Changeant alors de tactique, l'ennemi se présenta, vers midi, à l'ouvert de la rade et manœuvra pour enlever quelques petits
navires attardés. Il faisait calme plat; mais lorsqu'il vit les galères prendre plusieurs vaisseaux à la remorque, il se retira de
nouveau. Larguant de suite la remorque, les galères françaises les poursuivirent : elles rallièrent les vaisseaux après leur avoir
envoyé une bordée. Le commandant en chef fit voile pour Arassi (Arache), d'où les vaisseaux se rendirent à Villefranche; le défaut
de vivres fit renvoyer les galères à Toulon. Les dissensions fâcheuses qui divisèrent les chefs appelés à prendre part aux opérations
retinrent l'armée navale dans l'inaction la plus complète depuis le mois de septembre jusqu'à la fin de l'année 1636.
1638 - nommé lieutenant général et commandant en chef de l'armée navale.
Le 4 mars 1638, l'archevêque de Bordeaux fut nommé lieutenant général et commandant en chef de l'armée navale destinée â
coopérer à la prise de Fontarabie dont le prince de Condé avait entrepris le siège. L'armée navale appareilla de l'île de Ré, le 29
juillet, et le 2 août, elle mouilla devant Fontarabie. Le 7, le sieur de Cangé la rallia avec une division qui était allée détruire
quelques navires dans le port du Passage. L'arrivée de 11 nouveaux bâtiments porta l'armée navale à 64 voiles dont 44 galions; les
autres étaient des frégates, des flûtes et des brûlots.
Le 17, vers 8 h du matin, le chevalier de Montigny, contre-amiral de l'armée, qui croisait au large avec une division, signala 14
galions espagnols et 4 frégates; ces bâtiments, commandés par l'amiral Lopez, portaient des troupes à Saint-Sébastien. Le conseil
de guerre réuni par ordre du commandant en chef émit l'avis que l'amiral devait sortir avec 10 galions et 5 brûlots, tandis que le
vice-amiral Delaunay Razilly resterait au mouillage avec le reste de l'armée. L'amiral appareilla à 11 h du soir; mais la brise de terre
manqua quelque temps après, et, drossé par le courant, puis menacé d'être entraîné à la côte, il fut forcé de laisser tomber
l'ancre. Cette contrariété permit aux galions espagnols de mouiller sous les batteries de Gattary (Guetaria). Le calme retint l'armée
française dans l'inaction pendant trois jours.
Le 22, à midi, les batteries et les bâtiments ennemis furent attaqués par la Licorne de 30 canons, capitaine de Montigny, le Cygne
de 30, capitaine de Cangé, la Marguerite de 16, capitaine de Chastellus, la Madeleine de 24, capitaine Dumay, la Salamandre de
24, capitaine Cazenac, le Griffon de 16, capitaine Lachesnaye. Le peu de profondeur de la rade empêcha l'emploi d'un plus grand
nombre de bâtiments; mais ceux qui purent prendre place dans la ligne étaient accompagnés chacun par un brûlot que les
capitaines Mata, Mole, Colin, Brun, Jamin et Vidault commandaient. Ces brûlots étaient eux-mêmes soutenus par l'Aigle de 16
canons, capitaine de Senantes; le Neptune de 16, capitaine Duquesne; la Perle de 24, capitaine de Boisjoly, et 3 autres bâtiments
dont le nom n'est pas donné, mais qui étaient commandés par les capitaines Linières, Garnier et Paul.
La lutte fut acharnée; l'artillerie des Français eut le dessus, et les brûlots complétèrent la victoire : tout ce qui ne fut pas coulé
devint la proie des flammes. Le succès de cette affaire fut attribué au commandeur Desgouttes, lequel, écrivait M. de Sourdis, a su
si bien ménager l'ordre de combat, les mouillages et l'avantage du vent, qu'ils ont causé le gain du combat. Les Français n'eurent
pas plus de 40 tués ou blessés. 7 de leurs bâtiments avaient seuls des avaries de quelque importance. Les pertes de l'ennemi
montèrent à 6,000 tués (1).
(1) Correspondance de M. de Sourdis.
1639
Au printemps de l'année 1639, l'archevêque de Bordeaux prit le commandement d'une armée navale qui était réunie sur la rade
de Belle- Isle. Une série de mauvais temps retint cette armée au mouillage jusqu'au 1" juin. Ce jour-là, elle put mettre à la voile, et
le 8 elle parut devant la Corogne. 35 navires espagnols ou portugais se trouvaient sur cette rade, protégés par deux batteries et
une estacade. Le commandant en chef jugea la position trop forte pour qu'elle fût attaquée, et n'ayant pu réussir à décider les
Espagnols à sortir, il rentra à Belle-Isle dans les premiers jours de juillet.
L'armée navale reprit la mer le 7 août, et se porta de nouveau sur la côte d'Espagne. Voici quelle était sa composition :
M. de Sourdis apprit bientôt la présence de 2 galions dans la Colindre, rivière qui se jette dans la baie, sur les bords de
laquelle les villes de Saint-Oigne et de Larrède sont bâties. Il résolut d'aller les enlever ou les détruire. L'entrée de cette rivière
était défendue par 5 batteries comptant ensemble 30 canons; une barre en rendait en outre l'accès fort difficile. Le 13, après avoir
fait reconnaître la barre, le commandant en chef mit les troupes à terre, sous le commandement du chef d'escadre de Cangé et du
maréchal de camp comte de Tonnerre, soutenus par les chaloupes ; ceux-ci marchèrent d'abord sur Larrède ; à la fin du jour ils
étaient maîtres de la ville dont ils rasèrent les fortifications.
Le 16, 5 frégates, 24 chaloupes et 4 brûlots entrèrent dans la rivière, tandis que les troupes se dirigeaient sur Saint-Oigne. Le
calme profond qui survint et la vivacité du feu de l'ennemi firent douter un moment de la réussite de l'entreprise en ce qui
concernait les galions. Mais l'attaque de Saint-Oigne fut dirigée avec tant de vigueur que les troupes entrèrent promptement dans
la ville; et le double rempart derrière lequel les galions avaient cherché un abri n'existant plus, leurs capitaines les abandonnèrent
en les livrant aux flammes. On sauta à leur bord, mais un seul put être préservé d'une destruction complète: le second était trop
loin dans la rivière pour que des secours efficaces pussent arriver à temps. Le manque de vivres nécessita la rentrée de l'armée
navale en France à la fin du mois de septembre.
mai 1641
Les hostilités continuaient toujours avec l'Espagne, et pendant que le général de La Mothe-Houdancourt faisait le siège de
Tarragone, l'archevêque de Bordeaux bloquait cette ville par mer avec 12 vaisseaux, 6 pataches, 1 frégate, 5 brûlots et 12 galères.
Dans la nuit du 10 mai, les capitaines commandeur de Chastellus, Duquesne, Garnier, Daups et le capitaine de brûlot Ciret
réussirent à détruire 1 navire réfugié sous les batteries de la ville. Le 13, l'armée navale fit une expédition contre les îles Alfages
(1). Elle retourna ensuite devant Tarragone, malgré l'avis d'un conseil réuni à bord de la Capitane, lequel avait émis l'opinion qu'il
était inutile de bloquer par mer une ville dont l'investissement par terre n'était pas complet.
Plusieurs engagements partiels de galères eurent lieu pendant le blocus de Tarragone. Le 4 juillet, 41 galères de Naples, de Gênes
et d'Espagne, tentèrent d'entrer dans le port. Une d'elles, la San Felipe, fut prise; 29 rebroussèrent chemin. Les 11 autres qui
avaient réussi à atteindre le port y furent immédiatement attaquées. Ces galères et ces batteries, sur la protection desquelles elles
avaient compté, furent presque immédiatement abandonnées.
Malheureusement la brise, en fraîchissant du large, força les vaisseaux français de s'éloigner. Le lendemain, le capitaine Duquesne
détruisit celles des galères ennemies qui avaient résisté à la canonnade de la veille. Le 19 août, 35 vaisseaux espagnols et 25
galères, sous les ordres de l'amiral général Don Antonio d'Oguedo, parurent devant le port de Tarragone. Les galères et quelques
barques tentèrent de forcer le blocus pendant que les vaisseaux engageaient la canonnade avec l'armée française; elles n'y
réussirent pas. Après quatre heures d'engagement que la nuit vint interrompre, les Espagnols se retirèrent fort maltraités; les
Français avaient aussi beaucoup souffert.
Le calme maintint les deux armées en vue, mais en dehors de la portée du canon pendant la journée du 21 ; le lendemain les
Français étaient à grande distance sous le vent. L'archevêque de Bordeaux assembla un conseil. Il fut reconnu que la supériorité
numérique de l'ennemi, jointe au manque prochain de vivres et d'eau, nécessitait le départ de l'armée. Le 25, elle était sur la côte
de Provence.
(1) Situées à l'embouchure de l'Ebre, au-dessous de Tortose.
3. La naissance d'une marine
Louis XIII fut le premier monarque qui rêva pour la France une suprématie à laquelle ses prédécesseurs n'avaient pas
sérieusement songé; et si l'idée appartient à son ministre, le cardinal de Richelieu, ce n'en est pas moins sous son règne qu'eut
lieu la création d'une marine militaire. Ce fut en effet cet homme d'État qui comprit le premier qu'une nation dont le pays est
baigné par trois mers, doit être puissance maritime autant que puissance continentale. Les débuts étaient difficiles; mais l'idée
était émise; elle fut comprise, et le succès ne tarda pas à couronner l'entreprise.
En tête des personnes qui contribuèrent le plus à apporter des améliorations dans la partie pratique de cette grande œuvre, on
doit placer Henri d'Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux. Ce prélat, que le cardinal-ministre considéra comme le plus
capable entre tous, sinon de bien conduire les armées navales au feu, du moins de les organiser et de les diriger, ne resta
certainement pas au-dessous de la mission qui lui avait été confiée.